Exposition de Mircea Milcovitch à Melun

Interview

Mircea Milcovitch, sculpteur anticonformiste

Originaire de Roumanie, Mircea Milcovitch est passé de la peinture à la sculpture, et du "réalisme socialiste" à un art anticonformiste. Dans cette interview, il revient sur son parcours d’artiste et évoque l’exposition qui lui est consacrée à Melun.

Publié le

Interview de Mircea Milcovitch

Quelle formation artistique avez-vous suivi ?

J’ai fait les Beaux-Arts à Bucarest. À cette époque, nous étions encore en URSS et il y avait un art officiel, appelé le "réalisme socialiste". C’était une contrainte pour l’esprit artistique, mais cela impliquait une grande rigueur dans le travail et dans les techniques utilisées. Plus tard, au cours de plusieurs étés, nous nous retrouvions sur les contreforts des Carpates avec un groupe d’amis peintres afin de créer. Nous sommes finalement devenus une véritable "école" anticonformiste, connue dans le milieu artistique de Bucarest. C’est là que je me suis véritablement formé et que mon style s’est affirmé.

Comment le définiriez-vous ?

Je pratique ce que l’on appelle la figuration transfigurée : les formes sont devenues des "signes". Ensuite, je me suis intéressé au volume. J’ai réalisé mes premières sculptures, lorsque je me suis installé en France dans les années 70, avec du schiste noir en Haute-Savoie et de l’ardoise d’Angers. Puis la découverte du marbre a profondément marqué ma vision et mon approche, notamment le marbre blanc de Carrare.

Cette arrivée en Europe de l’Ouest a-t-elle eu d’autres conséquences ?

Tout à fait, j’ai étudié la symbolique, l’hermétisme, l’alchimie et les allégories mystiques qui ont pénétré mon vocabulaire plastique. Mon arrivée en Occident m’a aussi permis de connaître l’art des civilisations anciennes, les formes que nous ont laissées l’ancienne Égypte et l’Art roman, avec leurs sculptures parfois si stylisées. J’ai cru trouver des réponses dans la recherche de la "forme pure", loin des simplifications infondées et du "décoratif" sans contenu. Mes stylisations graphiques étaient un aboutissement vers une synthèse tendue et dépouillée. Mais l’origine de cette démarche s’inscrit aussi dans l’héritage de la géométrie des artisans anonymes des Carpates.

La transmission à de jeunes artistes revêt aussi de l’importance à vos yeux. Comment l’envisagez-vous ?

C’est exact. J’ai enseigné à l’École des Beaux-Arts de Grenoble, au Centre culturel de Boulogne ou au Mobilier national à Paris. J’ai aussi formé de jeunes artistes dans mes différents ateliers, à Nogent-sur-Marne ou à Ecluzelles, en leur transmettant le vrai métier d’artiste, afin qu’ils deviennent des professionnels.

Quelles œuvres présenterez-vous à Melun ? 

Elles seront représentatives de mon style et de mes interrogations actuelles. Les matériaux sont différents, allant du marbre de Carrare, de la pierre de taille de Chauvigny et de l’ardoise d’Angers, jusqu’au bois et à la terre cuite. Il y aura aussi quelques dessins.

Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)

A retrouver